La carence en vitamine D est très répandue en France, surtout à la fin de l’hiver. Elle passe souvent inaperçue, car ses signes ressemblent à ceux d’une simple baisse de forme. Voici comment la repérer, comprendre d’où elle vient, la confirmer par une prise de sang et la corriger.
Symptômes d’une carence en vitamine D
La vitamine D aide l’organisme à absorber le calcium et à fixer ce minéral dans l’os. Quand elle manque, le squelette et les muscles en pâtissent en premier. Les signes les plus fréquents sont une fatigue persistante, des douleurs osseuses diffuses (bas du dos, bassin, côtes, jambes) et des douleurs musculaires sans effort particulier.
Une faiblesse musculaire s’y ajoute parfois : difficulté à se lever d’une chaise, à monter les escaliers, démarche moins assurée. Chez les personnes âgées, ce manque de force augmente le risque de chute. D’autres plaintes sont citées, comme un moral en baisse en hiver ou des infections à répétition, mais leur lien avec la vitamine D est moins net.
Dans les formes sévères et prolongées, la carence provoque le rachitisme chez l’enfant (jambes arquées, retard de croissance, déformations du thorax) et l’ostéomalacie chez l’adulte, un ramollissement des os qui rend les douleurs plus vives et les fractures plus probables. Beaucoup de personnes carencées n’ont pourtant aucun symptôme.
Sous 20 ng/mL (50 nmol/L) : le seuil qui parle de carence
Ces symptômes sont peu spécifiques : fatigue et douleurs ont mille autres causes. Seul le dosage sanguin de la 25(OH)D confirme ou écarte une carence. Se supplémenter « au cas où » sans mesure préalable n’est pas la meilleure démarche.
Causes et personnes à risque
Le corps fabrique la majeure partie de sa vitamine D dans la peau, sous l’effet des UVB du soleil. Le reste vient de l’alimentation. Une carence apparaît donc d’abord quand l’exposition au soleil est insuffisante. En France, entre octobre et mars, le rayonnement UVB est trop faible pour assurer une synthèse correcte, et les réserves constituées l’été s’épuisent peu à peu.
L’alimentation compense mal : peu d’aliments en contiennent beaucoup. On en trouve dans les poissons gras (saumon, sardine, hareng, maquereau), l’huile de foie de morue, le jaune d’œuf et certains produits enrichis. Un régime pauvre en poisson gras ne suffit pas à couvrir les besoins.
Certaines situations augmentent nettement le risque :
- les personnes âgées, dont la peau produit moins de vitamine D et qui sortent moins, surtout en institution ;
- les personnes à peau foncée, chez qui la mélanine réduit la synthèse sous nos latitudes ;
- celles qui s’exposent peu (vêtements couvrants, travail en intérieur, usage systématique d’écran solaire) ;
- les personnes en situation d’obésité, car la vitamine D se stocke dans la graisse et circule moins ;
- les femmes enceintes et les nourrissons allaités ;
- les personnes souffrant de maladies de l’intestin (maladie de Crohn, maladie cœliaque), de la chirurgie bariatrique, ou d’une atteinte du foie ou des reins.
Certains médicaments, comme des anticonvulsivants, peuvent aussi accélérer la dégradation de la vitamine D.
Comment confirmer la carence (dosage sanguin)

Le diagnostic repose sur une prise de sang qui mesure la 25(OH)D, aussi appelée calcidiol. C’est la forme de réserve de la vitamine D, et le meilleur reflet de votre statut. Le médecin la prescrit surtout en cas de symptômes évocateurs, de maladie des os ou de situation à risque. Chez une personne en bonne santé sans facteur de risque, un dosage systématique n’est pas recommandé.
Les résultats s’expriment en ng/mL ou en nmol/L. Les repères les plus utilisés sont les suivants :
| Taux de 25(OH)D | Interprétation |
|---|---|
| Moins de 10 ng/mL (25 nmol/L) | Carence sévère |
| 10 à 20 ng/mL (25 à 50 nmol/L) | Carence |
| 20 à 30 ng/mL (50 à 75 nmol/L) | Insuffisance |
| 30 à 60 ng/mL (75 à 150 nmol/L) | Taux satisfaisant |
| Plus de 150 ng/mL (375 nmol/L) | Risque de toxicité |
Selon le contexte, le médecin peut compléter le bilan par un dosage du calcium, du phosphore et de la parathormone (PTH). Une PTH élevée signale que l’organisme compense le manque de vitamine D en puisant dans le calcium des os.
Traitement : supplémentation et alimentation
Le traitement repose sur la supplémentation en vitamine D3 (cholécalciférol), prescrite ou conseillée par un médecin. Le schéma dépend du taux mesuré, de l’âge et des maladies associées. En pratique, une carence est souvent corrigée par une phase d’attaque avec des doses élevées espacées (par exemple en ampoules hebdomadaires ou mensuelles pendant quelques semaines), suivie d’une dose d’entretien quotidienne de l’ordre de 800 à 1 000 UI. Ces chiffres sont indicatifs : seul le médecin ajuste la dose.
Un contrôle par nouvelle prise de sang est généralement fait deux à trois mois après le début du traitement, pour vérifier que le taux de 25(OH)D remonte vers 30 ng/mL. La supplémentation se prend de préférence au cours d’un repas contenant des graisses, qui favorisent l’absorption.
Surdosage : pourquoi on ne double pas les gouttes
La vitamine D est liposoluble et s’accumule dans l’organisme. Un excès prolongé fait monter le calcium sanguin (hypercalcémie) et peut provoquer nausées, soif intense, troubles rénaux. La limite de sécurité habituelle pour un adulte est de 100 µg par jour (4 000 UI). Évitez de cumuler plusieurs compléments sans avis médical.
L’alimentation joue un rôle d’appoint. Manger du poisson gras deux fois par semaine, choisir des produits laitiers enrichis et ne pas négliger les œufs aide à maintenir le niveau obtenu. Une apport suffisant en calcium (produits laitiers, eaux minérales calciques, légumes verts) reste utile pour la santé des os, mais il ne remplace pas la vitamine D.
Prévention et conséquences à long terme

Pour prévenir une carence, la première habitude consiste à s’exposer au soleil avec bon sens : de 15 à 20 minutes, visage et avant-bras découverts, plusieurs fois par semaine entre avril et septembre, en évitant les coups de soleil. Les personnes à peau foncée ont besoin d’un temps d’exposition plus long. Une exposition prolongée ou sans protection n’est pas recommandée, le risque de cancer cutané pesant plus lourd que le bénéfice.
En hiver, une supplémentation préventive est souvent proposée aux personnes âgées, aux femmes enceintes, aux nourrissons et aux personnes à risque. Les nourrissons en reçoivent systématiquement en France, justement pour éviter le rachitisme. Pour les autres, un dosage de contrôle tous les ans ou tous les deux ans peut être décidé par le médecin si un facteur de risque persiste.
Laissée sans correction, une carence en vitamine D entretient un déficit en calcium qui fragilise le squelette. À long terme, elle contribue à la perte de densité osseuse, favorise l’ostéoporose et augmente le risque de fractures, notamment du col du fémur chez les personnes âgées. La bonne nouvelle, c’est qu’une carence se corrige bien : en cas de fatigue, de douleurs osseuses ou musculaires inexpliquées, parlez-en à votre médecin pour faire doser la 25(OH)D.
